Grand vase en porcelaine de Chine de la famille verte

Un grand vase en porcelaine de Chine de la famille verte
monté
en bronze ciselé et doré, dans le goût grec,
à la fin de l’époque Louis XV – vers 1765-1770

La porcelaine d’époque Kangxi (1662-1722

Hauteur: 51 cm. (20 in)               Largeur: 44 cm (17 1/2 in )

 

Un vase en porcelaine de Chine de la famille verte, la monture en bronze ciselé et doré, le corps en porcelaine à décor de papillons voletant au-dessus de bambous et prunus en fleurs, la bordure ornée de canaux, les anses formées de mufles de lion mordant des anneaux, le piédouche formé de cannelures alternées et feuilles, posant sur une base à fond amati de forme carrée.

Provenance :

 

-Claude-Pierre-Maximilien Radix de Sainte-Foy (1736-1810) Sa vente à Paris le 22 avril 1782 lot N°134, adjugé 490 livres à Langlier ;

-Jacques Langlier (ou Lenglier) (1730-1814) sa vente à Paris le 24 avril 1786 lot 192 adjugé 400livres à Dulac ;

-Antoine-Charles Dulac (1729-1811) ;

-Ancienne collection Giuseppe Rossi.

Notre vase en porcelaine de Chine a été créé sous la dynastie Qing et plus précisément à l’époque Kangxi (1661-1722). Il appartient au groupe de la famille verte et illustre le goût naissant en Chine pour des émaux de couleurs qui se développeront encore par la suite sous les autres Empereurs Qing.

La monture de bronze est caractéristique du goût à la Grecque des années 1760-70. Ce goût fait appel au répertoire de l’antiquité et tranche par sa sévérité avec la légèreté rocaille du style précédent. Les anses à têtes de lion tenant un anneau, les godrons le culot à bandes brettées sont directement tirés des ornements classiques.

Le présent vase peut être rapproché de plusieurs autres vases montés comme un vase en grès Fahua de la dynastie Ming possédant une monture très proche avec quelques variantes au niveau des anses. Ce vase est aujourd’hui conservé au château de Versailles (Inv. T 423-C) et provenait de l’illustre collection du duc d’Aumont (1709-1782). Un second vase assez proche, mais sans les anses à têtes de lion, a été vendu par Sotheby’s, Paris le 15 décembre 2010, lot 93. Les bronzes de notre vase comme ceux de ses précédemment cités pourraient être l’œuvre du même bronzier encore anonyme aujourd’hui.

En 2016, l’apparition sur le marché d’un catalogue inédit d’une vente aux enchères de 1872, a permis d’identifier la collection à laquelle appartenait le présent vase. La provenance prestigieuse de notre vase et ses ventes successives illustrent la vitalité des collections et du commerce des objets d’art à la fin du XVIIIe siècle.

Chef-d’œuvre associant porcelaine de Chine au bronze ciselé et doré Parisiens, ce vase apparaît en effet dans le catalogue de la vente d’une partie de la collection de Claude-Pierre-Maximilien Radix de Sainte-Foy, le 22 avril 1782 à Paris (ce catalogue: vente Christie’s Paris 22 avril 2016, lot 46). Précisons que ce catalogue est rédigé sous la direction de Jean-Pierre Le Brun (1748-1813), marchand de tableaux, expert réputé et par ailleurs époux du peintre Elisabeth Vigée Le Brun.

Il figure dans la section du catalogue consacrée aux  » Porcelaines de la Chine de couleurs » sous le lot 137 et est ainsi décrit:  » Un vase forme d’urne ouverte fond blanc, à dessins de plantes et de papillons coloriés enrichi, de gorge à cannelure, de têtes de lions portant anneaux, de culots, panneaux brettés et piédouche à feuilles de soleil sur son socle quarré. Hauteur 19 pouces (soit 54,4 cm), largeur 15 pouces (soit 40,6 cm) ». De nombreux lots du catalogue sont accompagné d’annotations et de dessins illustrant les objets réalisés par Charles Germain de Saint-Aubin (1721-1786), c’est le cas de notre vase reproduit à côté de sa description. Dans ses annotations, Saint-Aubin note également le prix d’adjudication, 490 livres ainsi que l’adjudicataire, Langlier.

Fig. 1 – The Radix de Sainte-Foix sale catalogue annotated by Charles Germain de Saint-Aubin

RADIX DE SAINTE FOY

Claude-Pierre-Maximilien Radix de Sainte Foy (1736-1810) commence une carrière diplomatique comme attaché d’ambassade à Vienne puis obtient un poste plus rémunérateur en tant que Trésorier de la Marine. A l’accession au trône de Louis XVI, Charles Gravier de Vergennes (1719-1787) devient Secrétaire d’Etat des Affaires étrangères; il s’entoure de collaborateurs compétents dont Claude-Pierre-Maximilien Radix de Sainte-Foy pour étoffer le corps diplomatique. Radix de Sainte-Foy est envoyé à la cour du duc des Deux-Ponts dans l’actuelle Rhénanie.

Il reprend cependant rapidement ses activités de financiers en devenant dès 1776 Surintendant des finances du comte d’Artois (1757-1836). Le futur Charles X est très dépensier, comme l’illustre à merveille Bagatelle construit en deux mois dans le bois de Boulogne à la suite d’un pari avec Marie-Antoinette. Ses différentes charges et les faveurs de Vergenne permettent à Sainte-Foy de s’enrichir rapidement, il achète le château de Neuilly ainsi qu’un hôtel particulier rue Basse-du-Rempart à Paris dont il confie la décoration intérieure à l’architecte Jean-François Chalgrin (1739-1811). La rue Basse-du-Rempart aujourd’hui disparue en raison de l’élargissement des grands boulevards sous Napoléon III.

Sa fortune rapide ainsi que son rôle financier auprès d’un Prince aussi dépensier lui attire beaucoup d’inimité; Louis-Petit de Bachaumont décrira que « ce financier à le luxe insolant » Accusé de détournement par Necker (1732-1804), directeur général des Finances depuis 1777, il est contraint de s’enfuir à Londres en 1782 et doit vendre une grande partie de ses collections.

 Il se racheta, jouant un rôle actif dans la contre-révolution, en devenant le Chef du Cabinet secret des Tuileries à l’époque ou Louis XVI y était retenu. Incarcéré un temps sous la Révolution il fut néanmoins libéré et acheta en 1798 l’ancienne abbaye de d’Ourscamp devenue bien national. Il meurt en 1810. Son hôtel particulier de la rue Basse-du-Rempart construit par Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813) pour Bouret de Vézelay était particulièrement luxueux. Ses collections comprenaient des meubles en marqueterie Boulle mais aussi de nombreuses porcelaines de Chine et du Japon. D’autres vases de ses collections sont aujourd’hui dans les collections royales britanniques comme une paire de vases en porcelaine turquoise de Chine à décors d’écailles de poissons (Inv.RCIN 478.1-2), ou encore une garniture de trois vases en porcelaine de Sèvres à fond bleu et à décors de soldats (Inv.RCIN 2289.1,2289.2 et 2290.) Il fit probablement connaissance du bronzier Pierre Gouthière (1732-1813) par l’intermédiaire de la duchesse de Mazarin, sa maîtresse elle-même grande collectionneuse.

 

JACQUES LANGLIER

Jacques Langlier (vers 1730-1814) est connu comme marchand bonnetier, mais il fut surtout un important marchand de tableaux et d’objets de curiosités. Installé quai de la Mégisserie, il déménage son commerce rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie et devient connu en 1786 comme marchand-mercier et marchand de tableaux. Comme nombre de marchands-merciers de l’époque il s’approvisionne dans les ventes publiques. En 1777, il acquiert des dessins à la vente de Radix de Sainte-Foy.

A la suite de difficultés financières il est contraint à son tour de revendre le 24 avril 1786 une grande partie de ses œuvres et objets d’art, parmi les tableaux et mobilier figurent également dix-sept lots de porcelaines d’Extrême Orient.

Parmi ces lots figure encore une fois notre vase au numéro 192 de la vente du 24 avril 1786 dont la direction du catalogue est encore confiée à Jean-Baptiste-Pierre Le Brun. Le vase est alors adjugé à Antoine-Charles Dulac pour 400 livres.

 

ANTOINE-CHARLES DULAC

Antoine-Charles Dulac (1729-1811) est un peintre membre de l’académie de Saint-Luc depuis 1758 mais il a largement élargi son activité puisqu’il est surtout connu aujourd’hui comme marchand-mercier. Il apparaît très actif dans les ventes publiques jusque fort tard puisqu’il achète des tableaux en 1803 lors de la vente de François-Louis-joseph de Laborde-Méréville, le 10 août 1803. Il est particulièrement connu pour avoir donné son nom aux vases dits Dulac, symbole de la créativité des marchands-merciers parisiens de l’Ancien Régime illustrant le courant néo-classique des années 1760-70 et le nouveau goût dit à la Grecque.

Fig. 2 – Late Louis XV gilt bronze-mounted Chinese porcelain garden stool, circa 1770
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (T 423 C)