Pendule à l’éléphant du marquis Clermont d’Amboise

Une pendule à l’éléphant portée sur un palanquin par deux pages,
porcelaine polychrome de Meissen, le cadran signé Viger à Paris,
le mouvement signé Viger à Paris  N° 1184 montée en bronze ciselé, doré et peint
d’époque Louis XV – vers 1750

Hauteur : 17,5 cm    Largeur : 20 cm    Profondeur : 10 cm

Provenance :

Le marquis Clermont d’Amboise, décrite dans son inventaire après décès le 26 octobre 1761
Cet objet de fantaisie a été acheté par un collectionneur, le marquis Clermont d’Amboise, certainement auprès d’un marchand-mercier qui a commandé la porcelaine a la manufacture de Meissen. Elle est décrite très précisément dans l’inventaire après décès du marquis le 26 octobre 1761 : 
« Un petit cartel à cadran d’émail dans sa boite de cuivre doré d’or moulu posé sur un éléphant soutenu d’une terrasse de cuivre doré d’or moulu et porté sur un brancard de pareil cuivre par deux figures de porcelaine de saxe le tout posé sur un pied de cuivre d’or moulu » 

 

Bibliographie comparative :

Pour une composition très proche, deux pages identiques portent sur un palanquin une jardinière de fleurs, voir Catalogue Partridge 1997, reproduits et décrits, N° 34.

 

Le rôle des marchands merciers dans la création des pendules ornées de porcelaine de Meissen

Dans les arts décoratifs, le grand raffinement du XVIIIe siècle français pour la décoration intérieure résulte d’une étroite collaboration entre les marchands merciers et un véritable réseau d’artisans parisiens détenteurs d’un savoir-faire jamais égalé.

Sous le règne de Louis XV à Paris, la puissante corporation des marchands merciers invente sans cesse de nouveaux objets d’art de très grands luxes destinés à une clientèle fortunée avide de pièces uniques et d’un goût novateur. En matière d’horlogerie, ces rares pendules ornées de porcelaine de Saxe sont de magnifiques témoignages de l’imagination sans limite des marchands merciers français. Ils sont de véritables « designers » et concepteurs, car ils ont l’idée d’associer les techniques d’horlogerie au bronze doré et à la porcelaine de Meissen, dont la production connaît un véritable engouement chez les grands amateurs dans la première partie du règne de Louis XV.

La mode des objets d’art constitués de fleurs perpétuelles poussa bientôt les marchands merciers à développer en plus des pendules, des fontaines, des candélabres ou des petits bougeoirs, des pots-pourris, des cages à oiseaux, des lustres, des lanternes, des écritoires… 

Très vite, quelques marchands réputés se firent une spécialité de ce type d’articles ornés de délicates fleurs de porcelaine de Saxe, puis de fleurs de la toute jeune manufacture française de Vincennes-Sèvres.

L’un d’eux Michel-Jospeh Lair (1732-1759) installé rue du Roule à l’enseigne Le Roy des Indes, était marchand « privilégié et faïencier du Roy ». Au moment de son décès, de nombreux éléments en porcelaine de Saxe composaient le stock de sa boutique, tout comme plusieurs pendules ornées « d’un mouvement de montre » avec feuillages et « figures de porcelaines de Saxe ». Il était l’heureux propriétaire de l’imposante pendule aujourd’hui conservée au musée du Petit Palais à Paris, alors décrite comme : « une grande pendule en chef d’œuvre garnie de jeu d’orgue, montée en cuivre doré et ornement de fleurs de porcelaine de Saxe, prisée avec seize figures de porcelaine de Saxe faisant partie de son ornement », prisée la somme de 2000 livres.

Pendule à orgue : le concert des singes en porcelaine de Meissen et bronze doré, mouvement de Jean Moisy – vers 1755
Hauteur : 130,0 cm ; Largeur 85,0 cm

Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, inv. ODUIT 1790

 

À la même période, un autre marchand faïencier aussi installé rue du Roule, Edme Choudard-Desforges, faisait le « commerce de la porcelaine de Saxe ». L’inventaire de son magasin dressé en décembre 1759, recense quantité de porcelaines de Saxe dont certaines richement montées, et quelques pendules supportées par des sujets variés en porcelaine.

Installé rue Saint-Honoré, Jacques-François Machart (actif de 1744 à 1763) jouissait d’une clientèle prestigieuse et présentait dans sa boutique d’élégants objets d’art en porcelaines de Saxe magnifiquement montés en bronze doré. Machart faisait travailler les meilleurs ateliers de bronziers et de doreurs parisiens. Lors de sa faillite en 1763, plusieurs pendules présentaient des sujets en porcelaine de Meissen, mais aucune avec un char de Bacchus.

Enfin, Lazare Duvaux (vers 1703-1758) est assurément le plus célèbre marchand mercier parisien établi rue Saint-Honoré à l’enseigne Chagrin de Turquie. Il comptait parmi ses clients le roi Louis XV (1710-1774) ou encore la marquise de Pompadour (1721-1764), toute la haute aristocratie et le milieu des puissants financiers. Son commerce était prospère et les achats de ses multiples clients sont connus grâce au livre-journal « du marchand bijoutier ordinaire du Roy ».

Plusieurs pendules plus ou moins élaborées et ornées de porcelaine de Meissen sont citées dans son livre-journal entre 1748 et 1758. L’une fut facturée 900 livres, le 16 octobre 1749, au fermier-général Camuset : « Une pendule sur un chien de Saxe, garnie de plantes et fleurs de Vincennes sur la terrasse et ornemens de bronze doré d’or moulu », ou encore celle délivrée à la marquise de Pompadour, le 11 juin 1751, avec un « groupe de porcelaine de Saxe, montée de terrasse et branchages dorés d’or moulu, les fleurs de Vincennes, le mouvement simple » à 490 livres. Le 21 janvier 1754, le chevalier Lambert achetait « une pendule à terrasse et ornements dorés d’or moulu, sur un groupe de Saxe, avec des branchages en laiton verni imitant la nature, ornée de fleurs de Vincennes très belles » pour 830 livres. Le 16 décembre 1755, Madame de Pompadour réceptionnait « une pendule sur des figures de Saxe, très ornée, montée en bronze et fleurs » pour l’importante somme de 1800 livres.  

Malheureusement pour la plupart des exemplaires connus aujourd’hui, il est souvent impossible d’identifier le marchand mercier qui est à l’origine de ces commandes fascinantes. Ainsi, les pendules ornées de porcelaine de Meissen ne révèlent qu’une part infime de leur mystérieuse histoire.

 

Vincent Bastien  

Docteur en histoire de l’art