Pendule représentant le char de Mercure en bronze ciselé et doré

Une pendule représentant le char de Mercure en bronze ciselé et doré,
porcelaine polychrome de Meissen, le mouvement signé De Lamotte à Paris
d’époque Louis XV – vers 1750
 

Les personnages en porcelaine de Meissen du XVIIIème Siècle 

Les fleurs en porcelaine de Vincennes du XVIIIe Siècle

 

Hauteur : 27 cm                                 Largeur :40 cm                             Profondeur :11,5 cm

Mercure est assis dans son char, à quatre roues ajourées et mobiles en bronze repoussé et doré sur fond amati. Il est conduit par un amour qui dirige avec son fouet, quatre chevaux sanglés et harnachés. Posé à l’arrière sur un marchepied, un second amour surveille la marche. Un arbuste stylisé entouré de fleurs en porcelaine soutient le mouvement.

 

Provenance : 

Ancienne collection Paul Guillaume Ledoux ; sa vente à Paris, le 24 avril 1775, lot n° 102

Chayette, Calmels, Drouot le 08 avril 1991 lot N°209

Bibliographie : 

Drouot l’Art et les Enchères en France 1991, reproduite page 259 

« Encyclopédie de la pendule Française » par Pierre Kjellberg, les éditions de l’amateur 1997, page 147, B

PAUL GUILLAUME LEDOUX 

Peintre, membre de l’Académie de Saint-Luc et marchand de tableaux à Paris, Paul Guillaume Ledoux résidait rue Saint-Martin, paroisse Saint-Josse. Son nom est cité parmi les acheteurs lors de la dispersion de grandes collections du milieu du XVIIIe siècle, comme celle du duc de Tallard en 1756. Au début de la même année, il fit l’objet d’une plainte à propos d’une transaction commerciale problématique au sujet d’un tableau flamand de David Téniers (1610-1690) acheté à un autre marchand parisien de la rue Saint-Honoré. 

Fier de sa réussite, le 9 avril 1759, Ledoux publia une annonce publicitaire dans La feuille nécessaire invitant « les connaisseurs » à venir admirer chez lui deux toiles capitales et « d’un très grand prix ». L’une représentait Cléopâtre par Guido Reni (1575-1642) et l’autre une Vierge peinte par le célèbre Murillo (1617-1682). Nous pensons pouvoir reconnaître ces deux tableaux comme ceux mentionnés dans la collection de Marie-Joseph duc de Tallard (1684-1755), et également chez Jérôme Phélypeaux, comte de Pontchartrain (1674-1747), pour la toile figurant Cléopâtre piquée par un aspic.

Au printemps 1775, le négociant Ledoux sembla soucieux de cesser ses activités professionnelles pour « pouvoir jouir du repos que ses longs travaux lui ont mérité », et, il offrit aux enchères sa collection lors d’une vente organisée par l’expert François Charles Joullain. La vente se déroula à partir du 24 avril 1775, dans la Maison de Saint-Louis, rue Saint-Antoine, où l’on y vendit les « tableaux, bronzes, marbres, porcelaines, laques, pierres gravées & autres pierres précieuses, meubles & objets de curiosité » amassés par Paul Guillaume Ledoux.

La pendule en bronze doré et porcelaine de Meissen est minutieusement décrite sous le lot 102 : « Une petite pendule sur un char à quatre chevaux conduit par un enfant. On y voit Mercure tenant une bourse, & un petit coureur derrière le char qui est entouré de fleurs : il est de cuivre doré d’or moulu, ainsi que les harnois des chevaux ; toutes les figures & les fleurs sont de porcelaine de Saxe. Cette pendule est un petit chef-d’œuvre : elle est sous cage de verre, & sur un pied de bois doré. »

L’expert de la vente n’a pas désigné le nom de l’horloger, car il n’est pas inscrit sur le cadran émaillé mais sur le mouvement de la pendule. Les dimensions données dans le catalogue imprimé « 12 pouces [32,48 cm] de haut, sur 16 pouces 6 lignes [44,66 cm] de large » sont celles de la « cage de verre » destinée à protéger cette belle et rare pendule.

Sur cette pendule, le groupe central de Bacchus tiré sur son char par quatre chevaux, richement harnachés, est associé à un cocher et un jeune page à l’arrière du carrosse. Ces sujets sont très probablement l’œuvre de Johann Joachim Kaendler (1706-1775) qui inspira durablement la production de la manufacture de Meissen. Des fleurs peintes au naturel viennent enrichir cette élégante composition en bronze ciselé et doré conçue par un marchand mercier parisien.

Une autre pendule également réalisée à Paris s’avère très proche stylistiquement de celle de l’ancienne collection de Paul Guillaume Ledoux. Comptant seulement deux chevaux pour tirer le char d’un cortège triomphal, cette pendule provient des collections du baron Alexandre Ludwigovich de  Stieglitz (1814-1884) aujourd’hui conservées à Saint-Pétersbourg,

Pendule en bronze ciselé et doré avec sujets en porcelaine de Meissen d’époque Louis XV – milieu  du 18e siècle

Hauteur : 52,0 cm ; Largeur : 55,0 cm

Saint-Pétersbourg, palais d’Hiver, inventaire ЗФ-23674

 

Le rôle des marchands merciers dans la création des pendules ornées de porcelaine de Meissen 

Dans les arts décoratifs, le grand raffinement du XVIIIe siècle français pour la décoration intérieure résulte d’une étroite collaboration entre les marchands merciers et un véritable réseau d’artisans parisiens détenteurs d’un savoir-faire jamais égalé.

Sous le règne de Louis XV à Paris, la puissante corporation des marchands merciers invente sans cesse de nouveaux objets d’art de très grands luxes destinés à une clientèle fortunée avide de pièces uniques et d’un goût novateur. En matière d’horlogerie, ces rares pendules ornées de porcelaine de Saxe sont de magnifiques témoignages de l’imagination sans limite des marchands merciers français. Ils sont de véritables « designers » et concepteurs, car ils ont l’idée d’associer les techniques d’horlogerie au bronze doré et à la porcelaine de Meissen, dont la production connaît un véritable engouement chez les grands amateurs dans la première partie du règne de Louis XV.

La mode des objets d’art constitués de fleurs perpétuelles poussa bientôt les marchands merciers à développer en plus des pendules, des fontaines, des candélabres ou des petits bougeoirs, des pots-pourris, des cages à oiseaux, des lustres, des lanternes, des écritoires… 

Très vite, quelques marchands réputés se firent une spécialité de ce type d’articles ornés de délicates fleurs de porcelaine de Saxe, puis de fleurs de la toute jeune manufacture française de Vincennes-Sèvres.

L’un d’eux Michel-Jospeh Lair (1732-1759) installé rue du Roule à l’enseigne Le Roy des Indes, était marchand « privilégié et faïencier du Roy ». Au moment de son décès, de nombreux éléments en porcelaine de Saxe composaient le stock de sa boutique, tout comme plusieurs pendules ornées « d’un mouvement de montre » avec feuillages et « figures de porcelaines de Saxe ». Il était l’heureux propriétaire de l’imposante pendule aujourd’hui conservée au musée du Petit Palais à Paris, alors décrite comme : « une grande pendule en chef d’œuvre garnie de jeu d’orgue, montée en cuivre doré et ornement de fleurs de porcelaine de Saxe, prisée avec seize figures de porcelaine de Saxe faisant partie de son ornement », prisée la somme de 2000 livres.

 

Pendule à orgue : le concert des singes en porcelaine de Meissen et bronze doré, mouvement de Jean Moisy – vers 1755
Hauteur : 130,0 cm ; Largeur 85,0 cm
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, inv. ODUIT 1790

 

À la même période, un autre marchand faïencier aussi installé rue du Roule, Edme Choudard-Desforges, faisait le « commerce de la porcelaine de Saxe ». L’inventaire de son magasin dressé en décembre 1759, recense quantité de porcelaines de Saxe dont certaines richement montées, et quelques pendules supportées par des sujets variés en porcelaine.

Installé rue Saint-Honoré, Jacques-François Machart (actif de 1744 à 1763) jouissait d’une clientèle prestigieuse et présentait dans sa boutique d’élégants objets d’art en porcelaines de Saxe magnifiquement montés en bronze doré. Machart faisait travailler les meilleurs ateliers de bronziers et de doreurs parisiens. Lors de sa faillite en 1763, plusieurs pendules présentaient des sujets en porcelaine de Meissen, mais aucune avec un char de Bacchus.

Enfin, Lazare Duvaux (vers 1703-1758) est assurément le plus célèbre marchand mercier parisien établi rue Saint-Honoré à l’enseigne Chagrin de Turquie. Il comptait parmi ses clients le roi Louis XV (1710-1774) ou encore la marquise de Pompadour (1721-1764), toute la haute aristocratie et le milieu des puissants financiers. Son commerce était prospère et les achats de ses multiples clients sont connus grâce au livre-journal « du marchand bijoutier ordinaire du Roy ».

Plusieurs pendules plus ou moins élaborées et ornées de porcelaine de Meissen sont citées dans son livre-journal entre 1748 et 1758. L’une fut facturée 900 livres, le 16 octobre 1749, au fermier-général Camuset : « Une pendule sur un chien de Saxe, garnie de plantes et fleurs de Vincennes sur la terrasse et ornemens de bronze doré d’or moulu », ou encore celle délivrée à la marquise de Pompadour, le 11 juin 1751, avec un « groupe de porcelaine de Saxe, montée de terrasse et branchages dorés d’or moulu, les fleurs de Vincennes, le mouvement simple » à 490 livres. Le 21 janvier 1754, le chevalier Lambert achetait « une pendule à terrasse et ornements dorés d’or moulu, sur un groupe de Saxe, avec des branchages en laiton verni imitant la nature, ornée de fleurs de Vincennes très belles » pour 830 livres. Le 16 décembre 1755, Madame de Pompadour réceptionnait « une pendule sur des figures de Saxe, très ornée, montée en bronze et fleurs » pour l’importante somme de 1800 livres.  

Malheureusement pour la plupart des exemplaires connus aujourd’hui, il est souvent impossible d’identifier le marchand mercier qui est à l’origine de ces commandes fascinantes. Ainsi, les pendules ornées de porcelaine de Meissen ne révèlent qu’une part infime de leur mystérieuse histoire.*

 

Vincent Bastien  

Docteur en histoire de l’art